Festival en Bastides / Arts de la Rue

             Les « Arts de la rue » rassemblent toutes les disciplines artistiques présentées en dehors des lieux conventionnels et pré affectés : Théâtre, salles de spectacles, musées, etc…. Le choix d’investir la rue, la ville, n’est pas anodin. Cette volonté d’intervention, cette volonté de faire surgir le théâtre dans l’espace urbain, sur les lieux du réel, fait partie intégrante d’une démarche artistique. Il s’agit pour les artistes d’inscrire un projet artistique au coeur de l’espace public et d’investir tout espace pour le transformer en scène. Investir la rue pour interroger  nos représentations de la cité, et au-delà la place de l’art, de l’artiste, de l’élu et du citoyen dans la ville. Investir la rue pour ouvrir l’art à tous les publics, s’adresser directement à la foule, aux passants, qui choisissent ou refusent de devenir spectateur.

 Petite histoire…

             Dès l’Antiquité, les mimes, jongleurs et conteurs sont attestés à Syracuse et en Grèce.  A partir du XI ème siècle, en France, montreurs d’animaux et autres saltimbanques, taxés d’un statut infâme, jouent dans les châteaux. Associés aux grandes fêtes populaires, qu’elles soient religieuses ou païennes, tous sont une référence mythique et un réservoir de savoir faire pour les arts de la rue.

             Au XVII ème et au XVIII ème siècles, le « Théâtre forain » se développe et les baraques de Théâtre cohabitent avec les étals des marchands.  Les conflits incessants avec la Comédie Française et l’Opéra, détenteurs du privilège royal, et les interdictions qui s’en suivent, incitent les forains à développer un répertoire divertissant, de plus en plus parodique et participatif. C’est la naissance de l’opposition entre Théâtre académique et spectacle populaire.

              L’urbanisation et la prolifération des réglementations draconiennes contraignent les artistes à fuir les villes pour s’installer dans quelques lieux touristiques.  Les arts de la rue trouvent alors des parentés avec les mouvements subversifs ou militants qui ont marqué l’histoire du siècle dernier. Les années 70 voient naître une nouvelle vague, celle des « nouveaux saltimbanques » qui investissent les rues parfois en infraction pour présenter des spectacles issus de la tradition foraine, carnavalesque, de la chanson de rue et du cirque. Dans les années 80, des compagnies aujourd’hui reconnues (Royal de Luxe, Ilotopie, Generik Vapeur, Transe Express, Oposito, la Compagnie Off, Délices Dada, Kumulus…) se structurent et parallèlement, certaines villes font appel à elles comme à Tours, Aurillac, Chalon-sur-saône, Sotteville-lès-Rouen… Naissent alors des festivals qui ne cesseront de proliférer au cours des décennies suivantes.

             Le mouvement ne s’est pas ralenti et de nouvelles générations sont apparues (KomplexKapharnaüm, Ici Même, Deuxième Groupe d’Intervention, Ex Nihilo…) qui prolongent, mettent en doute, renouvellent les acquis. Parmi les tendances récentes, on pourrait noter la relation à l’intime, l’appui sur la parole quotidienne des habitants d’un quartier, le regard critique porté sur l’aménagement urbain, le recours délibéré aux technologies contemporaines.

 Les arts de la rue aujourd’hui

             Tracer un portrait des arts de la rue aujourd’hui serait une gageure, tant ils sont de plus en plus divers. Les traditions revisitées y coexistent avec les technologies de pointe, les rituels collectifs avec les dispositifs intimes, la parodie avec le drame, l’exotisme avec le quotidien. De la prouesse solitaire à la scénographie monumentale, de la déambulation au dispositif provisoire, les formes et les enjeux sont variés. Révolue l’époque de la contestation sauvage, de l’animation bon enfant et de la simple opposition entre « salle » et « rue », les questions se posent maintenant en termes de choix artistiques.

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